Le jardin de la chineuse fête ses dix ans ce printemps.

Si je n'ai pas oublié les circonstances de notre aménagement, le fil des évolutions s'est fait plus flou. L'occasion était trop tentante de remuer les archives et vous en faire profiter si cela vous agrée.

Ce soir de fin octobre 2008, la pluie arrosait les pots des plantes d'intérieur comme d'extérieur groupés sous un sumac avachi et les gamins tiraient la sonnette pour avoir des bonbons. Automne pluvieux, hiver neigeux, le bilan fut tragique pour les plus fragiles.

Les survivantes se préparaient à investir le terrain.

2008 Grand massif

Voici un aperçu de ce qui deviendrait mon terrain de jeu favori. Ici, la partie arrière, sur laquelle donnent les pièces de séjour. Une gigantesque haie opaque de lauriers-palmes bouche l'horizon mais limite aussi la vue sur deux bâtiments sans attraits sis à quelques mètres. Devant elle, trois arbres, deux vieux lilas, le troisième sera enlevé car trop proche des fenêtres. Sur la droite, une cépée d'érables champêtres supprimée d'emblée, installée par les constructeurs du lotissement en ras de clôture comme celle qui est visible chez les voisins. Chaque parcelle a eu droit à cette aberration. Restent aujourd'hui ceux de la maison de gauche dont j'arrache des centaines de rejetons chaque année, disséminés dans les quelques 500m² du jardin. A droite le cerisier qui fait mon bonheur chaque année, plus pour ses fleurs que ses cerises largement appréciées des oiseaux du quartier. Derrière lui, tout à droite, reprise de la haie de lauriers jusqu'à la rue.

Le jardin est disposé en U autour de la maison mitoyenne par le garage. La base de ce U est légèrement plus étroite que les jambes. C'est de ce côté que l'on trouve la porte d'entrée, aucune autre ouverture. Y figuraient aussi un groupe de trois bouleaux cyclopés à hauteur d'un mètre vingt, au milieu du passage, et que nous n'avons pas conservé non plus. Côté rue, une haie de caducs plus un thuya, et le vieux sumac que nous avons occis.

Il est souvent conseillé de s'appuyer sur l'existant pour établir un jardin mais ici, les sujets adultes étaient vraiment trop mal placés. La maison avait été louée jusqu'à ce que nous l'achetions et personne n'avait essayé d'en faire quelque chose.

En ce beau printemps 2009, nous nous trouvions devant un espace de terre de remblai, cerné d'une impressionnante muraille verte sur deux côtés, d'une haie transparente l'hiver côté rue, muni d'un cerisier et deux lilas. Le tout autour d'une maison pratique mais banale et pas très bien proportionnée. Plus un petit décrochement carré devant la cuisine. Pourquoi faire un coin rentrant ? Idée d'architecte ?

2009 Cerisier

A gauche l'allée menant au portail et le carré de la cuisine. Surprise, ça déborde de crocus JAUNES et pas très frais. Enlever les bulbes, mettre de la terre fraiche, planter une partie des plantes fidèles issues de mon premier jardin. L'entrée est habillée de quelques pots et le pied de mur planté de quelques buis, un conifère pour couper la vue qui file depuis la rue jusqu'au fond du jardin, et le courant d'air. Un premier arceau est disposé à l'angle de la maison, marquant l'entrée dans cette partie du terrain. Quelques dalles de bois prolongent l'allée pavée et rejoignent la terrasse fraichement installée.

2009 Grand massif

Au fond, partie sur laquelle donne la grande porte-fenêtre du salon, la muraille verte qui se prolonge avec un retour sur la gauche. Visible en permanance, il est impératif pour moi de rendre cet espace plus varié, léger, agréable à vivre et à voir, en toutes saisons. Je démarre la création de ce que j'appelle le Grand Massif. Surprise : un rosier grimpant ROUGE sort de la haie. Pas non plus dans les couleurs que j'apprécie. En bas à gauche, les rescapées. Ce massif débute avec un gros handicap, jardinière pressée j'utilise une technique qu'on ne conseille pas : au lieu de bien préparer mon terrain, je dispatche les pots, une fois satisfaite de ma répartition creuse les emplacements nécessaires en laissant le reste autour tel quel. Mes plantes sont des guerrières, elles ont survécu à ça aussi. Désherbage et nourriture sont venus les aider un peu plus tard.

Un arceau pour le rosier taillé afin de l'inciter à sortir de la haie et une structure colonnaire à l'autre extrémité du massif viennent donner un peu de volume et de structure avant que la végétation ne puisse s'en charger.

2009 Haie

La haie de la rue subit une taille drastique, les arbustes ont grand besoin d'être rajeunis. Quelques arbustes et vivaces en avant-plan sont priés d'habiller leurs pieds dénudés.

2011 Cerisier

2011. Devant la cuisine, Pierre de Ronsard, moribond en 2009 s'est manifestement refait une santé. J'ai découvert que le cerisier que je croyais trop vieux, produit de délicieuses cerises. Je lui offre la compagnie du liane "Félicité et Perpétue". A droite de son tronc vous apercevez la brande que les voisins ont posée (accrochée de notre côté du grillage) pour suppléer le manque de haie à cet endroit, visible sur la première photo de 2008, à droite. Sans doute par esprit d'économie, les jardins ont été conçus avec des portions de haie, une fois d'un côté, une fois de l'autre, ce qui évitait de garnir en double l'intégralité des clôtures mitoyennes. J'avais commencé à remédier au problème en plantant les prémices du massif Lune dont vous voyez deux arbustes au pied de la brande à gauche. J'ai dessiné une amorce de massif en arc-de cercle d'où son nom de Lune pour fermer visuellement l'espace qui donnait vue chez nos voisins sans avoir à garnir toute la longueur. Cette solution est évidemment plus lente à produire ses effets, même avec des arbustes poussant assez rapidement, éléagnus et lonicera entre autre.

2011 Grand massif

Le Grand Massif s'étoffe, j'essaie de refaire une tête au lilas dont les grappes sont trop haut perchées pour qu'on en profite vraiment.

2011 Zen1

Devant l'entrée, je pars à la conquête de l'espace. C'est bête d'avoir ce terrain pour ne rien en faire, ne pas s'y poser car trop à la vue des passants. J'utilise deux jardinières à claustra pour filtrer les regards et plante trois petits arbres : un arbre de Judée, un magnolia étoilé et un cornus controversa panaché. Gros pari pour ce dernier qui se trouve en plein soleil et donne comme l'état de la pelouse vous le montre. La vue du milieu est prise sens rue vers fond, celle de droite en contre-champ fond du jardin-rue. Elle date de 2012 et vous montre l'Arceau qui outre sa jolie barrière, a reçu du renfort avec un berbéris et la pivoine, dégottée au milieu de nulle part dans la pelouse.

2012 Haie

2012 : Dans la Haie, les plantations basses prospèrent, les anciens arbustes gagnent du volume. Dans Lune, on reste encore bien petit. Un conifère devant la cuisine va venir camoufler la gouttière. Un second conifère en boule devient l'accroche du massif Angle.

2013 Grand massif

2013 : Le Grand Massif prend tournure. Je passe la clôture du fond pour élaguer la haie du côté extérieur. En trois après-midi, j'ai coupé tout ce qui dépasse. La haie acquiert, vue depuis le jardin, une relative transparence.

2013 Zen

Dans Lune, enfin, ça pousse, la brande devient moins visible, le liane "Neige d'avril" rejoint le groupe d'arbustes. Près de la terrasse à gauche, nous supprimons quelques mètres de grands fusains pour gagner de l'espace. Mon mari les remplace par des panneaux de bois derrière lesquels je peux ranger le matériel de jardinage. L'espace Ré est né, moitié sauvage, moitié cultivé. Le pied du cerisier est de plus en plus habillé. Les petits arbres s'acclimatent devant l'entrée.

Zen

2014 : Nous avons fait refaire la "marquise" au dessus de la porte d'entrée, je récupère les ardoises pour border les massifs et limiter le désherbage . Dans Lune, les plantes ont pris une belle ampleur. Un nouveau massif, double, Yin-Yang se crée autour des petits arbres au milieu du terrain. Invisible depuis l'intérieur, il offre un espace supplémentaire à investir et ralentit la vue depuis la rue et le portail. Sans fermer, ni étouffer l'espace, il permet de ne pas appréhender le jardin d'un seul coup d'oeil, le fait paraitre plus vaste et réserve la surprise de ce qui existe plus loin. Les jardinières à claustras remontent d'un cran vers la rue. Je crée un autre massif à gauche le long de la haie pour casser l'aspect rectiligne de celle-ci.

Grand massif

2015 : L'année du trop-plein ! Les plantes se plaisent et prospèrent au point que je dois déplacer des arbustes. Je revois les plantations sur l'avant du Grand Massif, déplacement et dédoublement de vivaces principalement. "Félicité et Perpétue" est parti à l'assaut du cerisier. Au pied comme dans la couronne de l'arbre, c'est lui tout seul.

Zen1

Des plantes complémentaires arrivent devant la Haie, le massif Lune est remanié et agrandi, Yin-Yang se pare de boules de buis et de vivaces.

Avril3

2016 : Les plantations sous le cerisier deviennent un vrai massif qui dessine en face de Lune un espace rond. Doté aux beaux jours du matériel adéquat, il devient un refuge quiet et douillet. Je profite de l'absence de locataires à gauche pour tailler sévèrement les fusains. La pousse incontrôlée des érables du terrain mitoyen les ont conduits à pencher tant et plus pour gagner de la lumière, il est temps de reprendre les choses en main. Dans Angle j'installe un nouveau rosier liane, "Madame Alfred Carrière". L'été s'avère sans pitié pour la pelouse !

Novembre5

La grande haie du fond devient trop difficile à maitriser, la décision est prise de la faire abattre. Les travaux démarrent fin octobre.

Décembre1

Tant qu'à être en chantier, tout y passe ! Les clôtures sont changées et réhaussées, le portail changé, les vieux pavés autobloquant remplacés par du béton désactivé et de petits pavés carrés, les dalles de bois par une vraie allée,la  terrasse également qu'on agrandit. Mon mari a enlevé les pavés, j'ai démonté l'allée et la terrasse, taillé toute la haie devant de façon à laisser un accès aux ouvriers et commandé les lierres qui grimperont sur les grilles et remplaceront à terme les lauriers. Nous n'avons pu, hélas, conserver le conifère à l'angle de la maison, que les travaux auraient condamné à brêve échéance. Je démonte les jardinières qui donnent des signes de fatigue et les associe à des morceaux de planche récupérés du chantier pour créer deux bancs touts simples. Je conserve les claustras pour les utiliser en tant que tels. En novembre je plante les rosiers  à racines nues, qui seront la base d'une des bordures créées sur l'ancienne emprise des haies.

Avril4

2017 : La disparition des lauriers a libéré un espace de 42 mètres sur deux de large en moyenne, dont 17 au fond du jardin, 25 le long de la clôture à droite. J'ai fait le choix de laisser les souches dépérir en place mais suis incapable d'attendre plus longtemps avant de planter.

Avril5

Mon fils m'aide à installer les treillis métalliques récupérés également du chantier pour former deux grandes arches, une au-dessus de Ré pour le liane "Veilchenblau", l'autre le long de la petite haie qui suit. Au milieu de la bordure côté droit, devenue "Allée des lierres", j'implante un dernier treillis plus large et plus court, de façon à former une cabane qui recevra une couverture végétale. Au fond, l'emplacement de la haie est recouvert d'une bonne couche de brf issue du broyage des lauriers (ce n'en est qu'une petite partie, le reste a été donné à la commune qui en échange nous a bloqué quelques places du parking en contrebas pour y faire passer les engins et avoir un accès pratique). Je crée des niches dans l'épaisseur pour insérer les premières plantes de ce qui reste à ce jour "Le Fond". Si quelqu'un a un nom à me proposer ?

Fête des jardins 4-06-16

J'ai eu largement le temps de cogiter l'hiver dernier et ai posé sur le papier la base de groupes de plantes qui s'ajouteront aux lierres et rosiers. Les plantes prévues et coups de coeurs prennent place progressivement. J'ai décidé aussi d'utiliser à nouveau les vieilles ardoises, cette fois pour en faire une rivière sèche. Elle occupe le passage qui, à l'arrière du Grand Massif, restait dégagé pour la taille de la haie, l'accès au revers du massif. Lequel va être un peu aménagé de manière à être aussi sympa à regarder que le côté face. Avec une poutre récupérée et les fonds des jardinières à claustras, je fabrique un semblant de ponton, dont vous voyez ici l'ébauche.

Juin9

2018 :Construction du cabanon prévu de longue date, après éradication des bambous des voisins. En bas à droite, démarrage du chantier de construction, au fond derrière Lune.

les plantations se poursuivent d'autant que j'ai la chance d'aller à Saint-Jean de Beauregard (merci les amis) qui recèle tant d'opportunités. Coups de coeur et découvertes ne manquent pas et enrichissent la palette du jardin.

Tout comme les rencontres, conseils et astuces de camarades jardiniers, échanges de plantes et graines, les charrettes dans le jardin d'André Eve auprès des bénévoles et de passionnés aguerris, les visites en bonne compagnie de jardins inspirants. Tout cela nourrit le jardin et la jardinière qui en sont très reconnaissants.

Quelques principes simples gouvernent le jardin qui doit avant toute chose être et rester un plaisir ; cela n'empêche pas d'y travailler.

Je jardine avec mon sol et mon climat, jamais contre. Quand une plante ne peut pas y pousser, je cherche un équivalent qui convient. C'est un challenge amusant. Les végétaux doivent être le plus autonome possible, notamment en ce qui concerne l'eau. Aucun pesticide n'y est jamais entré. J'essaie toujours d'utiliser autant que possible ce que donne le jardin et ce que je récupère.

Concernant les végétaux, je cherche des plantes fiables plutôt que rares ou inhabituelles. Ma palette couvre toute la gamme du rose le plus pâle au pourpre le plus profond, en passant par tous les tons de violet à bleu. Je n'aime pas le jaune à l'exception des nuances soufrées ou légèrement abricotées, ni les rouges que je trouve difficiles à associer et attirant trop l'attention pour un petit jardin comme le mien. Encore moins les oranges claquant sauf sur les feuillages automnaux, évidemment.

J'aime les roses anciennes et c'est un autre challenge de leur trouver compagnes et compagnons qui feront oublier leur absence en dehors des floraisons, les arbustes n'étant pas tous très attrayants. Car je veux que chaque massif garde un intérêt au fil des saisons.

Concernant la structure, j'ai fait en sorte que le jardin se découvre progressivement. N'ayant pas d'espace ouvert autour du terrain, je profite simplement des arbres alentour en espérant qu'on ne les coupe pas tous. Ils donnent une hauteur supplémentaire au jardin auquel ils s'intègrent visuellement. La place étant comptée, je n'ai pas utilisé de haies "intermédiaires" pour séparer les massifs, ni créé de chambre de verdure pour ménager les découvertes. J'ai préféré, décaler les massifs, utiliser des hauteurs différentes. Cela masque les vues tout en incitant à poursuivre la balade, allonge la promenade, diversifie les points de vue. Les feuillages pourpres disséminés dans le jardin constituent un fil rouge qui associe des ambiances différentes. J'aime aussi jouer des fausses symétries et répéter ici ou là un groupe de plantes qui va donner du caractère au massif.

Je laisse au jardin la latitude de s'exprimer et encourage les semis naturels qu'il m'offre généreusement. Stipes, verveines de buenos aires, geranium sanguin, pennisetum macrourum, violettes, cerinthes, valérianes, asters, hellébores de corse...se multiplient et créent des scènes largement aussi inspirées que les miennes.

 PHOTOfunSTUDIO1267

Cette vue d'ensemble du terrain date d'avant les travaux mais vous permet de vous faire une idée de la disposition des lieux. La taille des massifs a peu évolué. Vous pourrez constater qu'il reste une bonne proportion de pelouse. Dans ce jardin, on joue, on court, on lit, on dort, on rit, on partage...on vit.

L'histoire continue et je vous retrouve bientôt pour l'actualité de mars. J'espère ne vous occasionner d'indigestion verte.

Belle semaine.